Les fondamentaux Précarité énergétique

La précarité énergétique touche de plus en plus de Français. Avec la hausse du coût de l’énergie, des millions de ménages à faibles revenus, occupant un logement aux performances énergétiques mauvaises, peinent à payer leur facture d’électricité ou de gaz. À un confort thermique inexistant s’ajoutent des problèmes de santé, un isolement social et une mauvaise qualité de vie. Pour endiguer le phénomène, des aides existent. L’action individuelle ou collective peut également réduire la précarité énergétique en améliorant la situation des ménages.

Qu’est-ce que la précarité énergétique ?

La notion de précarité énergétique a été inscrite dans la loi Grenelle 2 en juillet 2010. « Est en situation de précarité énergétique, une personne qui éprouve dans son logement des difficultés particulières à disposer de la fourniture d’énergie nécessaire à la satisfaction de ses besoins élémentaires en raison de l’inadaptation de ses ressources ou de ses conditions d’habitat ».

L’ONPE suit la précarité énergétique au niveau national

Créé en mars 2011, l’Observatoire national de la précarité énergétique (ONPE) suit le phénomène au niveau national. Deux fois par an, il publie un tableau de bord qui analyse les principaux indicateurs de la précarité énergétique. Il s’agit du taux d’effort énergétique, de l’indicateur Bas revenus dépenses élevées et du ressenti au froid. Ces trois indicateurs s’appuient sur des données de l’Enquête nationale logement de l’INSEE menée en 2013 et en 2020.

Le taux d’effort énergétique

Le taux d’effort énergétique (TEE) considère qu’un ménage est en situation de précarité énergétique lorsque les dépenses d’énergie de son logement sont supérieures à 8 % de son revenu. Ce revenu doit correspondre aux 30 % des ménages les plus modestes.

L’indicateur Bas revenus dépenses élevées

Il s’appuie sur deux éléments. D’abord, les dépenses d’énergie des ménages comparées à la surface du logement occupé. Ensuite, le revenu restant une fois les dépenses du logement déduites (hors énergie).

Le ressenti au froid

Le Baromètre Info Énergie renseigne cet indicateur à travers un sondage annuel mené par le Médiateur national de l’énergie. Il s’intéresse aux ménages ayant exprimé une sensation de froid en raison de la précarité énergétique (mauvaises performances énergétiques du logement, panne de chauffage, restriction de chauffage pour faire des économies d’électricité, etc.).

Les chiffres de la précarité énergétique en France

Selon les tableaux de bord de l’ONPE en 2021 et 2022 :

  • 3,4 millions de ménages étaient en précarité énergétique en 2021 en France, selon le TEE. Soit 11,9 % des ménages.
  • 26 % des ménages français ont souffert du froid dans leur logement durant l’hiver 2022-2023. 55 % des ménages ont souffert de la chaleur pendant l’été.
  • 79 % des Français ont restreint le chauffage dans leur habitat et leur confort thermique pour éviter une facture élevée.

 

Quels sont les facteurs contribuant à la précarité énergétique ?

En règle générale, trois facteurs principaux contribuent à la précarité énergétique, selon l’Observatoire de l’industrie électrique.

Le revenu des ménages

La précarité énergétique touche principalement les ménages à faible niveau de revenu. Qu’ils soient locataires ou propriétaires occupants, ces ménages sont contraints de faire des arbitrages. Soit se chauffer et risquer des factures d’énergie élevées. Soit baisser le chauffage, souffrir du froid et voir leur logement se dégrader.

Les prix de l’énergie

La fluctuation des prix de l’énergie est un facteur de précarité énergétique. Les ménages peinent à absorber les augmentations, surtout quand elles sont importantes. En 2022, selon l’Observatoire de la précarité énergétique, les factures d’électricité et de gaz ont augmenté de 15 % en moyenne en France.

Les performances énergétiques des logements

Un logement mal isolé présente des performances énergétiques médiocres en raison des déperditions de chaleur. Même s’ils augmentent le chauffage, les ménages souffrent toujours du froid. C’est un cercle vicieux.

Quels sont les défis spécifiques pour les ménages à faibles revenus ?

Les ménages vivant en dessous du seuil de pauvreté sont plus fortement touchés par la précarité énergétique. Difficultés à payer la facture d’énergie, logement trop froid ou trop chaud, problèmes de santé sont trois défis que ces ménages doivent relever.

Des difficultés à payer les factures d’énergie

Les ménages à faibles ressources résident souvent dans des logements mal isolés. La consommation de chauffage y est plus élevée que dans un habitat bien isolé. Leur facture énergétique explose. En 2022, selon l’Observatoire national de la précarité énergétique, les fournisseurs d’énergie ont procédé à 863 424 suspensions de fourniture ou réduction de puissance à la suite d’impayés d’énergie (électricité ou gaz). Souvent, ces ménages sollicitent des aides du Fonds de solidarité pour le logement.

Des logements trop froids en hiver et trop chauds en été

Selon l’ONPE, 4,8 millions de logements étaient considérés comme des « passoires énergétiques » en 2018 en France. Ils sont majoritairement occupés par des ménages modestes. L’hiver, les résidents souffrent du froid. L’été, ils souffrent de la chaleur. En résulte, un inconfort thermique constant.

Une situation qui entraîne des problèmes de santé

La mauvaise isolation des logements occupés par des ménages à faibles revenus entraîne des problèmes d’humidité et de moisissures à long terme. Les conséquences sur la santé sont multiples. Selon la Fondation Abbé Pierre en 2013, quatre pathologies chroniques sont liées à la précarité énergétique : bronchites, arthrose, maux de tête et anxiété.

Quelles sont les conséquences sur les individus et la société ?

Au quotidien, la précarité énergétique place les personnes dans une situation difficile. En plus des conséquences économiques, les ménages s’isolent, leur pouvoir d’achat et leur mobilité sont altérés, leur santé précaire.

L’isolement social des ménages

La précarité énergétique et économique se double souvent d’un isolement social. Les ménages ne reçoivent plus de visiteurs chez eux. Ils ont parfois honte de leur situation et d’occuper un logement dégradé dans lequel il fait froid. Le ménage se replie alors sur lui-même.

Consommation et mobilité altérées

À cause des dépenses d’énergie du logement, le pouvoir d’achat des ménages baisse. Se déplacer devient difficile, car coûteux. Leur mobilité s’en trouve dès lors réduite. C’est un autre aspect de la précarité énergétique. Selon l’INSEE, en 2017, les dépenses de mobilité représentaient 15 % du revenu disponible des ménages. Avec l’inflation, ce pourcentage a augmenté en 2023.

Le coût social de la santé précaire

Les conséquences de la précarité énergétique sur la santé ont un coût pour la société. Selon l’ONPE, en cas de maladie, le coût social moyen s’élève à 135 000 euros par personne. Il reflète la prise en charge de l’Assurance maladie, la perte de bien-être de la personne et le coût social en cas de décès.

Quelles actions sont entreprises pour lutter contre la précarité énergétique ?

La lutte contre la précarité énergétique comprend deux volets. D’abord, l’amélioration de la performance énergétique des logements. Ensuite, les aides au paiement des factures d’énergie pour les ménages en situation de précarité. Au niveau national, différents dispositifs ont été mis en place comme le chèque énergie ou les aides à la rénovation énergétique des logements. Chaque aide fait l’objet d’une fiche d’information publiée par l’Observatoire national de la précarité énergétique tous les ans.

Le chèque énergie, une aide nationale pour payer la facture

Ce chèque annuel aide les ménages à payer leur facture d’énergie. Il peut aussi financer des travaux de rénovation énergétique. Son montant (entre 48 et 277 euros) est calculé en fonction des revenus et de la composition du ménage. En 2022, le chèque énergie a été utilisé par 4,8 millions de ménages.

Les aides à la rénovation énergétique des logements

Ces aides visent à réduire la consommation énergétique des ménages. Elles financent des travaux entraînant des économies d’énergie.

MaPrimeRénov pour les travaux de rénovation

La prime MaPrimeRénov s’adresse à des particuliers souhaitant réaliser des travaux de rénovation énergétique. Isolation de l’habitat, changement de chauffage, audit énergétique en font partie. En 2022, selon l’ONPE, le montant moyen de l’aide MaPrimeRénov s’élevait à 3 841 euros.

Les certificats d’économie d’énergie (CEE)

Les programmes CEE (certificat d’économie d’énergie, issus de la loi POPE de 2005) concernent le logement et la mobilité. Ils incitent les fournisseurs d’énergie à promouvoir l’efficacité énergétique auprès de leurs clients.

Les CEE mis en place pour le logement :

  • SLIME ;
  • Territoires Zéro Exclusion Énergétique ;
  • Bail Renov’ ;
  • Ecco Dom ;
  • Fonds de garantie pour la rénovation énergétique ;
  • Toits d’abord.

 

Les CEE mis en place pour la mobilité :

  • Territoire Inclusion Mobilité Sobriété ;
  • Mon Vélo de A à Z.

 

Les Fonds de solidarité pour le logement

Les Fonds de solidarité pour le logement sont des dispositifs d’aide au paiement des factures liées au logement. Il peut s’agir de dépenses d’énergie, d’eau ou de téléphone. En France, ils sont gérés par les conseils départementaux en lien avec les bailleurs sociaux, la CAF, les fournisseurs d’énergie, etc. Les montants et les modalités d’attribution dépendent du département de résidence du ménage.

Quelles actions individuelles et collectives peuvent contribuer à la réduction de la précarité énergétique ?

La lutte contre la précarité énergétique et la pauvreté va de pair avec la transition écologique. Plusieurs écogestes de la vie quotidienne permettent de réduire la consommation d’énergie des ménages.

  • Baisser le chauffage en quittant le logement.
  • Régler le chauffe-eau sur 55 °C.
  • Fermer les robinets mitigeurs en position froid.
  • Privilégier le programme éco du lave-linge ou lave-vaisselle.
  • Décaler l’utilisation des appareils électriques en dehors des heures de pointe.

 

Les associations ont également un rôle informatif à jouer auprès des ménages. Le réseau RAPPEL, par exemple, fédère les acteurs liés à la problématique de la précarité énergétique. Il organise des réunions d’information sur les dispositifs d’aides en vigueur.

Au niveau collectif, la rénovation des logements français mal isolés (parc social et privé) contribue à réduire la précarité énergétique. Le développement des énergies renouvelables est un autre levier d’action. Il permettrait à des millions de Français modestes de faire des économies d’énergie.

La précarité énergétique est un phénomène complexe. Elle gâche la vie quotidienne de millions de ménages français touchant un revenu modeste. Avec la transition écologique, l’espoir de l’éradiquer devient concret. Parmi ses formations, l’ESI Business School propose plusieurs formations liées aux problématiques énergétiques.