2 mai 2024

Le développement durable et les Jeux olympiques

Selon leurs organisateurs, les Jeux olympiques et paralympiques de 2024 à Paris seront un accélérateur de la dynamique du développement durable. L’événement est présenté comme une vitrine et une source d’inspiration pour le monde. La candidature de Paris remonte à 2017. Mais depuis, le changement climatique s’est accéléré.

La dimension écologique questionne désormais l’organisation de grands événements. L’enjeu devient stratégique pour le Comité international olympique (CIO), propriétaire des JO. Et la pression grandit aussi sur les organisateurs : le monde scrute la France et ses promesses durables. Le développement durable et les Jeux olympiques de 2024 cristallisent ainsi les défis du futur.

Les enjeux des Jeux olympiques liés au développement durable

Le développement durable et les Jeux olympiques représentent deux univers distincts. L’un est chargé de gravité et d’urgence. L’autre semble hors du temps : une parenthèse heureuse dans un monde chaotique.

Le développement durable : rappel des objectifs et des principes

En 1987, Gro Harlem Brundtland, Première ministre norvégienne, préside la Commission mondiale sur l’environnement et le développement de l’ONU. Dans son rapport Our common future (Notre avenir à tous), elle définit ainsi la notion de développement durable : c’est un mode de développement respectueuxdes besoins des générations actuelles et futures.

17 objectifs de développement durable (ODD) fixent la feuille de route des acteurs politiques et économiques. Ils répondent à cinq principes directeurs (les 5 P).

  • People : la protection de la population (santé, éducation, égalité, alimentation) ;
  • Planet : la préservation de la biodiversité et des ressources naturelles ;
  • Peace : la paix entre les États ;
  • Prosperity : la croissance économique partagée ;
  • Partnership : le développement de la coopération entre acteurs.

Les Jeux olympiques et la durabilité en chiffres

Les liens entre le développement durable et les Jeux olympiques sont récents. En 1999, le CIO inscrit la durabilité comme critère dans le choix d’une candidature. Il souhaite mettre le sport au service du développement harmonieux de l’humanité. Dans les faits, les sites choisis ont présenté des bilans inégaux.

Les experts pointent ainsi du doigt l’échec de l’organisation des Jeux olympiques et paralympiques de Rio (Brésil) en 2016. Ils mettent en cause la construction d’infrastructures peu respectueuses de l’environnement. Seuls les JO de Londres (2012) présentent un bilan vertueux : recyclage des déchets, utilisation de l’eau, reconversion des sites et transports en commun propres.

Les Jeux de Paris : la pression de l’actualité environnementale

Paris est la ville hôte de la COP 21 sur le climat et l’environnement en 2015. L’Accord de Paris représente un tournant en faveur du développement durable. L’organisation des JO en France doit prouver les engagements durables du pays.

L’actualité climatique fait également pression sur les JO de Paris. Et selon le ministère de la Transition écologique, 44 % des Français se déclarent désormais inquiets quant au réchauffement de la planète. L’organisation des Jeux à Paris interroge : l’impact financier, écologique et humain est-il réellement positif pour la ville et la planète ?

Jeux olympiques de 2024 : le choix d’une stratégie durable

Associer le développement durable et les Jeux olympiques relève du défi pour les organisateurs de cet événement. Les JO, c’est en moyenne : 15 millions de visiteurs, 15000 athlètes, 80000 officiels et 206 délégations internationales.

Un nouveau modèle d’organisation durable pour les grands événements sportifs

Le comité d’organisation des JO (COJO) et la ville de Paris veulent imposer un changement de stratégie. Le développement durabledevient l’axe clé de la préparation et du déroulement des Jeux olympiques. Le projet du COJO rejette le fonctionnement habituel : évaluer les émissions carbone et compenser. Il souhaite s’engager avant l’événement sur un objectif de réduction de l’impact carbone. Soit 1,5 tonne de CO2 contre 3,5 tonnes aux JO de Rio par exemple.

Un événement à impact carbone réduit

La stratégie du COJO de Paris repose sur cinq phases :

  1. Anticiper : l’objectif est de réduire de 50 % a minima les émissions carbone dans tous les projets ;
  2. Éviter : Paris 2024 choisit la sobriété en s’appuyant sur 95 % d’infrastructures existantes ;
  3. Réduire : le COJO s’engage sur des solutions bas carbone (énergie renouvelable, restauration durable, construction écologique) ;
  4. Compenser: Paris s’engage sur des projets à vocation environnementale et sociale à travers le monde pour la compensation des émissions non maîtrisées ;
  5. Mobiliser : les organisateurs fixent des objectifs de durabilité à tous les acteurs de l’événement (salariés, bénévoles, entreprises partenaires).

Une stratégie élaborée de compensation des émissions carbone

Paris 2024 travaille avec l’association WWF pour maîtriser son empreinte écologique et sa compensation. La ville souhaite ainsi ouvrir une nouvelle ère pour le développement durable et les Jeux olympiques. L’héritage des JO 2024 s’inscrit dès lors dans des projets audacieux de compensation carbone.

Le COJO participe ainsi au financement de la Grande muraille verte (GMV) pour le Sahara et le Sahel. Ce projet vise àcréer des écosystèmes verts et productifs pour lutter contre les effets du changement climatique. La muraille verte décrit une zone de 7500 km de long et de 11 km de large de Dakar à Djibouti.

Les Jeux de la ville de Paris sont-ils vraiment durables ?

Le développement durable et les Jeux olympiques semblent inconciliables aux yeux des détracteurs de l’événement.

L’illusion écologique du zéro impact pour les Jeux olympiques

L’ouvrage collectif JO 2024, miracle ou mirage ? dénonce une politique de greenwashing. Pour Frédéric Viale, coordinateur du livre, l’ambition écologique des organisateurs masque des contradictions. L’exemple de la construction du village des médias à Dugny (93) semble confirmer des incohérences. Ces infrastructures sont écoresponsables, mais se construisent en partie sur l’un des poumons verts de la ville.
Les lieux prévus pour les compétitions de surf à Tahiti ou de natation à Saint-Denis suscitent également l’opposition des habitants. Pourquoi revendiquer le label écologique en détruisant des sites naturels ?

Les solutions vraiment durables pour les futurs Jeux olympiques

En 2021, un groupe de scientifiques conduit par Martin Müller propose trois grandes solutions pour desJeux vraiment durables :

  • réduire la taille de l’événement (moins d’athlètes et de visiteurs) ;
  • organiser les Jeux olympiques et paralympiques systématiquement dans les mêmes villes ;
  • confier l’évaluation de la durabilité des JO à un organisme indépendant.

Le développement durable et le sport ont une occasion unique de grandir ensemble grâce à l’organisation des JO 2024 à Paris. L’intention annoncée mérite toute l’attention des acteurs de la lutte contre le réchauffement climatique. Pour la planète, l’essentiel n’est pas juste de participer, il faut gagner !

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