19 avril 2024

Paquebots de croisière et pollutions : quel impact sur l’environnement ?

Alors que les transports aériens sont régulièrement pointés du doigt pour leurs émissions de CO², les croisières de tourisme sont-elles réellement moins polluantes ? De plus en plus de villes s’élèvent contre l’amarrage de ces bateaux de croisière géants, en raison de leur impact sur la santé et l’environnement. Destruction des fonds marins, émissions de carbone ou concentration de particules fines, voici tout ce que vous devez savoir sur les paquebots de croisières et les pollutions qu’ils génèrent.

Les croisières de tourisme : des vacances aussi plébiscitées que controversées

En France, les croisières restent largement plébiscitées par les vacanciers. Malgré un ralentissement lié à la crise du Covid-19, ce secteur se porte bien. Le nombre de croisiéristes a plus que doublé en 10 ans. Mais de plus en plus de villes s’élèvent contre ces paquebots, devenus des symboles du tourisme de masse.

39,5 millions de croisiéristes en 2023

L’industrie des croisières est la branche du tourisme qui connaît la croissance la plus importante ces dernières années. Comme le démontre la récente étude de la Cruise Lines International Association (CLIA), les paquebots de croisière accueillent chaque année des millions de touristes à travers le monde. Pour l’année 2023, la CLIA annonce le nombre record de 31,5 millions de croisiéristes.

Les touristes qui optent pour ce style de vacances le font pour de nombreuses raisons, à commencer par son côté pratique. Avec un port différent chaque jour, il est possible de visiter plusieurs pays différents en un temps record. Par ailleurs, les navires de croisières sont devenus de véritables villes flottantes. Piscines chauffées, salles de cinéma, restaurants, spa,  ces « géants des mers » proposent toujours plus d’activités à bord.

Venise, Amsterdam ou Marseille : ces villes qui s’opposent aux bateaux de croisière

Face à cet engouement, certaines villes s’opposent à l’amarrage des navires de croisière dans leur port. En cause ? Les frais engendrés par l’afflux de passagers, qui ne restent souvent que quelques heures sur place, et les nombreux dommages causés par ces paquebots.

À Venise, les bateaux de croisière sont un sujet particulièrement sensible pour les riverains et les pouvoirs publics. Selon les scientifiques, l’amarrage de ces imposants navires fragilise les fondations de la ville. Ils ont finalement été entendus : les bateaux de plus de 25 000 tonnes n’ont plus accès à la lagune depuis 2021.

À Amsterdam, les paquebots ne sont pas interdits, mais ils ne peuvent plus stationner dans le port du centre ville. En France, ces géants des mers font escale dans plusieurs villes, et la pollution qu’ils engendrent un sujet de préoccupation pour de nombreux riverains. Dans certaines villes comme à Nice, à Marseille ou à Ajaccio, les habitants se mobilisent pour lutter contre la pollution sonore, visuelle et environnementale de ces paquebots. L’objectif n’est pas d’interdire mais de réguler le stationnement des navires, notamment en période de forte pollution.

Une pollution massive de l’air et des océans

La pollution des bateaux de croisières est un sujet d’actualité, particulièrement en Europe. Le transport maritime émet toutes sortes de nuisances, et a un réel impact sur l’environnement et sur la santé humaine.

La pollution de l’air à bord du navire et dans les ports

Les navires de croisière représentent une source importante de pollution de l’air. À quai ou en mer, ils émettent du dioxyde de carbone, de l’oxyde d’azote ou de l’oxyde de soufre à grande échelle. À titre de comparaison, un seul paquebot de croisière serait aussi polluant qu’un million de voitures.

Marseille et Le Havre figurent parmi les 30 ports les plus pollués d’Europe, selon l’ONG Transport et en Environnement. La concentration en particules fines et notamment en soufre, y est jusqu’à 20 fois plus élevée dans la zone portuaire que dans le reste de la ville.

Les bateaux de croisières consomment beaucoup d’électricité et de carburant. À bord, les équipements (chauffage, climatisation, éclairage, etc.) fonctionnent en permanence. Selon une étude néo-zélandaise, chaque passager émet 390 grammes de CO² par kilomètre parcouru, soit 2,4 fois plus qu’en avion.

La pollution des eaux sous-marines

Si vous pensiez que les bateaux de croisière se délestaient de leurs eaux usées pendant une escale, détrompez-vous. La plupart du temps, ils ne rejettent pas leurs eaux usées à quai, mais pendant la navigation. Ces eaux non traitées sont déversées directement dans l’océan.

Pour un paquebot de 4 300 passagers, un navire rejette environ 1,9 million de litres d’eaux usées, soit 440 litres par passager. Même si cette pratique est légale, elle reste largement controversée. Et la pollution de l’eau ne s’arrête pas là. Les bateaux rejettent aussi de nombreux déchets et métaux lourds dans l’océan, fragilisant ainsi l’écosystème marin.

La pollution liée au démantèlement des navires

Les paquebots de croisières sont conçus pour fonctionner une quarantaine d’années. Et si la question de leur démantèlement est rarement soulevée, elle mérite pourtant de s’y attarder. Pour l’heure, les compagnies n’ont pas vraiment communiqué sur le recyclage des paquebots. Mais selon l’ONG Shipbreaking Platform, le démontage des bateaux entraînera inévitablement la pollution de l’air, des sols et de l’eau, avec toutes sortes de substances nocives comme le plomb ou le PCB.

Comment pratiquer un tourisme maritime respectueux de l’environnement ?

Les compagnies maritimes prennent progressivement conscience de leur impact sur le réchauffement climatique. Plusieurs compagnies se sont engagées à réduire leur empreinte carbone, et à agir sur plusieurs sources de pollution.

Améliorer les performances énergétiques des navires de croisière

Ainsi, les paquebots les plus récents de la compagnie Royal Caribbean Cruise sont équipés de systèmes d’assainissement, qui permettent de limiter les rejets des eaux usées en pleine mer. Seules les eaux traitées sont déversées dans l’océan. La plupart des nouveaux bateaux de croisière sont également équipés de systèmes d’éclairage écologiques et d’équipements de plus en plus performants.

Autre avancée écologique importante : les futurs bateaux de Royal Caribbean Cruise, de MSC Croisières et de Carnival Corporation fonctionneront au gaz naturel liquéfié, un carburant peu polluant comparé au fioul utilisé par la plupart des compagnies à l’heure actuelle.

Paquebots géants et écologie : deux notions incompatibles ?

Pour les associations de protection de l’environnement, les croisières de tourisme à bord des paquebots géants ne sont pas compatibles avec l’écologie. Ces navires se sont progressivement éloignés de leur but premier, à savoir le transport maritime, pour se transformer en parc d’attractions flottant. Toujours plus grands, toujours plus lourds, ils proposent un style de vacances qui génère automatiquement une pollution massive. À quai ou en mer, le simple fait de fonctionner et d’accueillir des passagers génère des dommages environnementaux.

Il est possible de concilier tourisme et développement durable, notamment en limitant les croisières, et en alternant avec d’autres types de voyage. Il est important de privilégier des navires à taille humaine, moins lourds et moins polluants, à l’image des bateaux utilisés par la compagnie Ponant. Les croisiéristes doivent également être sensibilisés aux conséquences de ce loisir touristique.

Même si l’attention du public se porte davantage sur le transport aérien, la pollution des navires de croisières contribue largement aux émissions de CO² à l’échelle mondiale. Au-delà de la modernisation des équipements, la sensibilisation des croisiéristes est essentielle pour limiter l’impact de ces paquebots sur l’environnement.

 

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